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En toutes lettres

J’écris pour comprendre, j’entreprends pour vivre.

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Le coffret mystérieux de ma grand-mère (Yemma)

Je ne sais pas si le climat était plus rude qu'aujourd'hui, ou si cette impression était liée au type vêtements que nous portions à l'époque. Quoi qu'il en soit, j'avais la chance, durant les jours d'hiver, d'avoir une place privilégiée aux côtés de ma grand-mère. En tant que petit-fils et fils de sa plus jeune fille, elle ne ménageait aucun effort pour me combler de bonheur.

Je me souviens qu’un jour, à peine rentré de notre maison dans le village de Karmet Ben Salem, ma grand-mère me demanda de la rejoindre seule dans sa chambre. Je savais qu’elle avait quelque chose pour moi, et il m’était impossible de résister à l’envie de découvrir ce que contenait son fameux coffret mystérieux. J'étais d'ailleurs l'un des rares à connaître la cachette où elle dissimulait ses petits trésors.

Au départ, je me disais que ce ne serait rien de plus qu'un simple coup d'œil. Convaincu de ma retenue, je me faufilai discrètement jusqu'à sa chambre, située dans un coin isolé près de l'entrée de la maison. Ce n’était pas difficile d'y entrer sans être vu, car j'y avais mes habitudes. Grimpant sur son lit construit sur une pierre, je découvris, dans un coin, un tas de couvertures, un "hanbal" aux couleurs variées, une "handira" et d'autres étoffes empilées sur un coffret en bois. Je dégageai les couvertures qui le recouvraient, sans précipitation, sachant que ma grand-mère ne rentrerait pas tout de suite. J’ouvris le coffret, et mes yeux s'illuminèrent en découvrant des friandises, deux pommes et deux bananes. Je pouvais tout supporter, sauf la tentation des bananes. À l'époque, on ne voyait des bananes que lorsque quelqu'un venait de la ville pour rendre visite à un malade, et même là, on ne recevait qu'un petit morceau. Alors, voir deux bananes entières était irrésistible.

Au début, je décidai de n’en manger qu'une et de laisser l'autre. Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu, après avoir dévoré les deux bananes, j’engloutis aussi les pommes et les friandises. Je dissimulai les déchets et sortis jouer avec les enfants.

Ma grand-mère prenait souvent ses repas chez l'un de ses deux fils et, une fois le repas terminé, elle allait chez l’autre pour boire du thé. Avant de retourner dans sa chambre, où elle restait jusqu’au soir, pour ressortir ensuite se reposer devant la maison, assise sur le "Doukana".

Ce jour-là, après ses rituels habituels, elle se dirigea vers sa chambre et m’appela de sa voix rauque : « Mohyidddddine, Mohyidddddine. » Je répondis à l’appel et l’accompagnai jusqu'à sa chambre. Tout le long du trajet, elle murmurait des mots d’amour et de tendresse à mon égard. Une fois dans la chambre, elle posa sa canne de côté et s'assit sur le lit. Je regardais la scène avec le cœur lourd de remords, conscient du mal que je lui avais fait. Je connaissais la déception qui l’envahirait, le désarroi qui la submergerait. Pour tout cela, je ressentais une profonde culpabilité, mais en même temps, à cette époque, la tentation de la banane était tout simplement irrésistible.

Ma grand-mère écarta les couvertures, ouvrit le coffret, regarda à l'intérieur, son visage rougit — ou du moins c’est ainsi que je l’ai perçu —, et elle s’écria de sa voix rauque : « Les malins ! Je savais qu'ils finiraient par le faire. J'ai veillé sur ce coffret tout ce temps, et ils ont profité du moment où j'étais avec ta mère pour commettre leur méfait. » Naturellement, je jouai le rôle de la victime, essayant de consoler ma grand-mère, que j'appelais "Yemma", avant de retourner jouer autour de la maison.

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