J’écris pour comprendre, j’entreprends pour vivre.
11 Juillet 2025
Pendant ma préparation, j’ai sérieusement envisagé d’abandonner mon projet de semi-marathon. Des douleurs aux genoux récurrentes rendaient chaque sortie difficile. J’ai pensé que je n’étais pas fait pour cette distance. Jusqu’au jour où j’ai changé de chaussures. Les douleurs ont disparu. Ce n’était pas moi le problème, c’était l’équipement.
Cet épisode m’a appris une première grande leçon : avant d’abandonner un projet, vérifie les causes réelles de tes blocages.
Comme en course, le travail d’un projet commence bien avant le départ officiel. Il y a des mois de préparation, de doutes, d’essais, d’ajustements. C’est dans ce “travail invisible” que l’on bâtit la confiance, la discipline, l’endurance mentale.
Le jour du semi-marathon, l’excitation est à son comble. Tout semble possible. Les premiers kilomètres sont portés par l’euphorie collective. C’est comme le lancement d’un projet : on a l’impression que tout va aller vite, que les obstacles seront faciles à franchir.
Mais rapidement, l’énergie du départ s’estompe. Il faut se recentrer, trouver son rythme, éviter l’excès d’enthousiasme qui peut faire dérailler le reste.
Après les premiers kilomètres, j’ai commencé à sentir mes jambes se durcir. Le souffle devenait plus court. J’étais passé de l’euphorie à la gestion. Comme lorsqu’un projet passe de la phase d’idée à celle d’exécution.
Dans une course comme un semi-marathon, on ne court jamais vraiment seul. Même si chacun a son rythme, sa stratégie, son corps, la présence des autres crée une dynamique puissante.
Il y a ceux qui te dépassent et te donnent envie d’accélérer. Ceux que tu dépasses, et qui te rappellent le chemin parcouru. Et puis les encouragements venus des spectateurs, des bénévoles, de parfaits inconnus.
Au début de la course, je me suis laissé porter par l’ambiance. Des centaines de coureurs autour de moi, un même objectif, une même tension dans l’air. Je ne les connaissais pas, mais j’étais avec eux. Cette énergie-là m’a donné des forces que je n’aurais pas trouvées seul.
Dans l’entrepreneuriat aussi, être entouré fait la différence. Un incubateur, un coworking, un groupe WhatsApp de porteurs de projets, une association… Même quand le projet est personnel, l’environnement collectif crée une synergie qui soutient, challenge et dynamise.
On avance plus loin quand on sent qu’on fait partie d’un mouvement. Même si chacun a sa ligne d’arrivée, courir au milieu d’autres rêveurs, bâtisseurs, porteurs d’idées… donne de la puissance au nôtre.
Vers le 10e, puis le 12e kilomètre, la course devient une affaire de lucidité. Ce n’est plus le moment des grands rêves, mais celui des petits ajustements.
C’est aussi le cas dans un projet : quand l’idée rencontre la réalité du terrain, il faut tenir bon, s’adapter, parfois ralentir pour mieux repartir.
Au 12e kilomètre, une ancienne douleur au genou est revenue. Mon rythme s’est brisé. J’ai tenté de continuer, jusqu’à ce que je sois obligé de m’arrêter. Mon compagnon de course m’a lancé : « Courage, courage ! » Ces mots m’ont touché. J’ai repris doucement, mais j’avais compris que je ne pourrais pas ignorer mon corps. Comme un entrepreneur ne peut ignorer ses limites ou celles de son équipe.
Vers le 15e ou 16e kilomètre, la fatigue devient mentale plus que physique. Les pensées négatives s’installent. Le doute devient une voix insistante :
– Ce n’est pas raisonnable. Tu as 47 ans.
– Ton corps est à bout. Tu peux t’arrêter sans honte.
– 15 kilomètres, c’est déjà une belle performance…
Chaque entrepreneur connaît ce moment. Quand la voix intérieure commence à plaider l’abandon, il faut faire appel à quelque chose de plus profond.
J’ai alors pensé, en ce moment, à mon fils. À la joie qu’il ressentirait en me voyant franchir la ligne d’arrivée. J’ai décidé de continuer, non plus pour moi, mais pour cette émotion partagée.
Parfois, un mot suffit pour redonner vie à un corps épuisé.
Au 19e kilomètre, un septuagénaire m’a dépassé et m’a lancé : « Tiens bon, mon fils. Il ne reste que deux kilomètres. » Ce fut une bouffée d’oxygène. Mon corps n’a pas cessé de souffrir, mais mon esprit a repris le dessus.
Dans un projet aussi, ce soutien extérieur – mentor, pair, client, inconnu – peut faire basculer une situation. C’est souvent dans les moments les plus critiques qu’apparaît une aide inattendue.
Franchir la ligne d’arrivée, c’est plus que la fin d’une course. C’est la validation de tout ce qu’on a traversé. On ne pense plus aux kilomètres parcourus. On se souvient du moment où l’on a failli abandonner — et de ce qui nous a fait tenir.
Je me souviens avoir franchi la dernière pente comme dans un rêve. Les applaudissements, les voix, la sensation d’être porté… Et cette médaille, que je voyais déjà dans les mains de mon fils. Elle valait plus que 21 kilomètres. Elle valait une histoire de volonté et de sens.
La course à pied, en particulier sur longue distance, est un entraînement du mental, un simulateur d’engagement.
Elle m’a appris que :
– la douleur est passagère, mais la fierté est durable ;
– le bon équipement, comme le bon entourage, change tout ;
– les raisons d’abandonner sont parfois moins profondes qu’on le croit ;
– chaque pas, même douloureux, nous rapproche d’une transformation.
Alors à tous ceux qui ont un projet, un rêve, une envie d’entreprendre :
entraînez votre mental autant que vos idées. Marchez, courez, tombez, repartez. Mais surtout : avancez.
Et si vous commenciez demain matin, par une sortie de 20 minutes ? Pas pour la performance. Pour la clarté.